Design infection
Ce projet explore, par la fiction, ce que produisent réellement les « villes privées » et les systèmes de contrôle algorithmique sur nos corps, nos dettes et nos libertés.
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Chapitre 1 : Stephen Washington, urbaniste
Dans un futur proche, un urbaniste voit sa ville ravagée par les catastrophes climatiques et accepte de concevoir une cité mobile privée qui promet de sauver les plus solvables. Entre infrastructures intelligentes, scoring permanent et promesse de résilience, le chapitre interroge la dette comme outil de gouvernance et la privatisation de la ville comme service.

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Chapitre 2 - Maya Reed, journaliste
Ancienne journaliste devenue enquêtrice indépendante, Maya documente la montée d’une surveillance diffuse : caméras, bots de services, enregistrement systématique des gestes du quotidien, sanctions bancaires et effacement social. Elle raconte comment les plateformes et les gouvernements utilisent la sécurité et la lutte contre le « désordre » pour normaliser un contrôle continu.

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Chapitre 3, Elias Corté, neuroscientifique
Elias, neuroscientifique, travaille sur un protocole d’implants cerveau‑machine qui promet de restaurer des fonctions motrices, au prix d’une collecte fine des données neuronales et émotionnelles. Le chapitre s’appuie sur les travaux actuels sur les BCI implantables, l’éthique des essais cliniques et les débats autour de la propriété des données cérébrales pour questionner la frontière entre soin, optimisation et pilotage du comportement.

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Chapitre 4, Robert Keitel, responsable de communication
Le responsable communication d’un conglomérat numérique orchestre astroturfing, campagnes chiffrées et newsrooms de crise pour façonner l’opinion publique sur les villes privées. À partir de recherches sur l’astroturfing, la novlangue managériale et l’économie politique des GAFAM, le chapitre explore comment le langage, les indicateurs et les voix « citoyennes » fabriquées deviennent des outils industriels.

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Chapitre 5, Mark Jansen, expert systémie et écologie
Description de Chapitre 5 – Mark Jansen / écologie systémique sous commission Mark Jansen, spécialiste d’écologie écosystémique, est auditionné par Allatante à la Commission européenne sur l’impact réel des villes privées et de leurs infrastructures numériques sur les cycles du vivant. Pris entre modèles scientifiques, contraintes politiques et promesses industrielles, le chapitre montre comment les indicateurs environnementaux sont traduits, simplifiés ou détournés pour rendre les projets acceptables, au risque de réduire des écosystèmes complexes à quelques courbes présentables.

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Chapitre 6, Anna Weil, professeure
Dans une école entièrement médiée par des capsules et des interfaces où la curiosité devient une “anomalie” et les modules d’histoire sont remplacés par des narrations standardisées. À travers sa voix intérieure nourrie de références littéraires, on découvre qu’elle conserve encore des livres et un vieux dispositif hors système, laissant entrevoir sa capacité à fissurer le récit dominant sans dévoiler comment.

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Chapitre 7, Machine, IA
Dans ce chapitre de design fiction, les “villes nomades” sont présentées comme une réponse séduisante aux catastrophes climatiques, mais révèlent en réalité un système de contrôle où quelques oligarques jouent seuls l’avenir de l’humanité. À travers une esthétique de jeu de société 2.0, une interface de pouvoir et des images inspirées du Petit Prince, le récit critique la marchandisation de l’avenir, la gamification du vivant et la captation du futur par une minorité.
Références culturelles
L’Entre-espace, c’est ce qui se crée entre le réel et le récit comme ce qui se passe entre les infrastructures et nos êtres : entre une décision de board et une application sur un téléphone, entre une réforme éducative et un enfant qui apprend à lire.
Pour écrire ce récit, je me suis appuyé à la fois sur des journaux systémiques – des textes comme le rapport Meadows sur les limites de la croissance ou les travaux sur la doughnut economics – et sur des œuvres de fiction, de musique et de philosophie qui travaillent les mêmes tensions autrement.
Cette page rassemble une partie de ce socle imaginaire : les romans qui m’ont appris à voir les systèmes (Brunner, Gibson, Orwell), les essais qui cartographient nos dépendances (Meadows, Damasio), les voix musicales et poétiques qui rappellent que derrière les infrastructures, il y a des vies singulières. Ce ne sont pas des références « en vrac » : ce sont les lignes de fuite qui traversent Design Infection et, plus largement, l’Entre-espace.
« Le futur est déjà là, il n’est juste pas également réparti. » (William Gibson, interview). On retrouve cette idée de présent volatil dans sa trilogie Blue Ant, où la mode, la pub et la géopolitique forment un système de signaux faibles.
1984 (George Orwell). J’y emprunte la Chambre 101, revue à ma façon, et l’idée de novlangue, ce langage réduit qui limite ce qu’il est possible de penser.
Le troupeau aveugle (John Brunner). Une révélation de mon adolescence pour la façon dont j’aborde l’adoption et la pollution systémique. J’y emprunte la structure chorale (un chapitre = un point de vue) et ce sentiment de monde saturé où chaque fragment raconte la même catastrophe sous un angle différent avec une colère froide qui monte crescendo.
Loup des steppes (Dooz Kawa). Pour ce rap lettré et contestataire qui traverse le texte, en arrière-plan, comme une petite voix qui se souvient qu’un autre rapport au monde est possible.
Nikole Hannah-Jones (New York Times). Son travail sur l’histoire longue des inégalités m’a servi de boussole pour le chapitre 2, où la surveillance et les sanctions numériques prolongent des rapports de pouvoir déjà présents dans nos institutions.
Introvert (Little Simz). Quand le rap devient une forme d’auto-ethnographie et d’anthropologie de soi, entre intériorité, lutte politique et mémoire collective.
Spinoza avait raison : Joie et tristesse, le cerveau des émotions (Antonio Damasio). Pour cartographier et comprendre les émotions comme des processus corporels avant d’être des idées, un fil directeur de mes chapitres sur les implants, l’attention et le pilotage affectif.
Livre de l’intranquillité (Fernando Pessoa). Pour cette sensation de décalage permanent entre soi et le monde, que je réinjecte dans mes personnages pris entre leur vie intérieure et la version d’eux-mêmes produite par les systèmes de contrôle.
Julian Bleecker. La lecture de la Near Future Laboratory Newsletter m’a fait sauter le pas. Elle m’a donné envie de traiter la design fiction non comme un catalogue d’objets, mais comme un système de récits ancrés dans des infrastructures réelles.




